14/06/2020 - Avant, pendant, après : comment les associations vivent-elles la crise sanitaire ?

Le 17 mars, le territoire belge entrait en confinement. Ces mesures ont eu inévitablement un impact sur les associations.

Veerkrachtige goede doelen na corona op donorinfo.be

Un impact lourd : conditions de travail modifiées, publics à distance, inquiétude grandissante pour les finances. Et puis aussi des aspects plus positifs : valorisation d’une expertise de terrain, regain de créativité en matière de collecte de fonds quand ce n’est pas de nouveaux horizons ou de nouveaux publics qui apparaissent. Donorinfo a interrogé les responsables de plusieurs des associations transparentes répertoriées sur sa plateforme pour prendre le pouls du secteur.

'Nous sommes bien sûr très inquiets'

Avec un taux de participation 4 fois et demi inférieur à ce qu’il était l’année dernière la Journée du pyjama a été un flop cette année” déclare d’emblée Donatien d’Hoop, directeur général de Take Off. L’asbl connecte les enfants malades avec leurs classes via des moyens informatiques. Chaque année, elle organise avec Bednet, son homologue néerlandophone, une journée de classe en pyjama pour sensibiliser élèves, parents et public à l’enseignement à distance.  

"11.11.11 est une organisation faîtière composée de dizaines de petites et grandes ONG en Flandre. Certaines d'entre elles, comme Broederlijk Delen, avaient programmé une ou plusieurs grandes campagnes de financement au cours des derniers mois. Des campagnes très sérieusement impactées par le coronavirus. Nous sommes bien sûr très inquiets à ce sujet ", témoigne Kevin Mc Mullan, responsable campagne et mouvement au 11.11.11.

Infirmiers de rue qui intervient en pleine agglomération urbaine, d’ordinaire fréquentée par la foule, en soutien aux sans abri voit son environnement d’intervention complètement métamorphosé durant les premiers jours. “Apporter des soins à des personnes vivant dans la rue tout en respectant la distanciation sociale est rapidement intégré par nos équipes. Par contre, les sans abri n’étaient clairement pas pris en compte dans les plans de confinement des autorités : on les avait tous simplement oubliés...” nous raconte Koen Van den Broeck d’Infirmiers de rue. 

Habitués à la gestion d’urgence face aux épidémies, les équipes de Médecins sans frontières (MSF) agissant à l’étranger sont partiellement rapatriées en Belgique avant que le ciel ne soit vidé de son trafic aérien. 

Rebond immédiat : partage d’expertise

 Très rapidement, MSF propose son aide aux autorités : “Hôpitaux, maisons de retraite et collectivités en Belgique ne sont pas du tout aguerris face à ce type de crise sanitaire” analyse Céline Ronquetti de MSF. “Notre ONG a donc formé et conseillé du personnel médical en Flandre et en Wallonie à la gestion des flux de personnes, aux précautions à suivre, aux processus à appliquer dans le cas de pandémie. Avec Ebola sous d’autres latitudes, nous avons acquis une expertise solide que nous avons proposé de partager”. 

Tout comme MSF, la capacité de s’adapter aux nouveaux challenges est frappante dans bon nombre d’asbl. Opération annuelle qui tombe à l’eau, classes fermées du jour au lendemain, avec les mesures de confinement Take Off et Bednet auraient pu cesser leurs activités du jour au lendemain. Cependant, leur expertise en terme d’enseignement à distance, leur parc informatique équipé en téléconférence intéressent plusieurs acteurs dont l’ULB qui cherche justement à équiper des étudiants qui ne possèdent pas de matériel ad hoc pour suivre les cours à distance et passer leurs sessions d’examen. Take Off rebondit et partage son matériel. Elle propose aussi son expertise au milieu enseignant, pas nécessairement habitué à donner des cours ou à maintenir le contact par écrans interposés. Els Janssens, directrice de Bednet précise : “Nous avons créé un centre d'aide pour tous les enseignants et parents. Nous y donnons des conseils par chat et par e-mail afin de maintenir l’implication des enfants pour qu’ils apprennent. "

Chez SOS Villages d’Enfants, on bénéficie aussi de l’expertise des collègues italiens et espagnols qui ont été en première ligne européenne dans la crise sanitaire. À son tour, l’antenne belge communique cette expertise aux collègues présent au Congo ou Amérique du sud:  “Nous partageons ensemble de bonnes pratiques pour parler aux enfants du coronavirus, comment les rassurer, comment leur apprendre à respecter les mesures d'hygiène avec une attitude positive” avance Hilde Boeykens, directrice générale de SOS Villages d'Enfants.   

11.11.11 lanceerde samen met de Franstalige collega’s van CNCD-11.11.11 een campagne om de aandacht te vestigen op de gevolgen van corona elders in de wereld en op te roepen tot solidariteit. ‘De voorbije maanden was de aandacht van de media erg op ons eigen landje gericht. Maar ons filmpje werd erg goed verspreid en bekeken. Uiteindelijk heeft een brede coalitie van 300 organisaties onze oproep ondertekend. Ook politici contacteerden ons als gevolg van de campagne. Daar zijn we heel tevreden mee,’ maakt Kevin Mc Mullan de balans op.

Générosité du public : les donateurs assurent… pour l’instant

Si l’inquiétude est particulièrement palpable chez les responsables de la collecte de fonds des asbl avec, notamment, plusieurs reports de promesses de soutien de la part d’entreprises ou d’organisations privées, la plupart de nos interlocuteurs soulignent que les donateurs fidèles le sont restés. Par contre, les opérations de recrutement de nouveaux donateurs, notamment en rue, sont complètement à l’arrêt. 

La crise sanitaire a entraîné des frais supplémentaires. On parle de 20.000 euros à budgéter chez Infirmiers de rue. Chez Take Off, on cite un montant de 30.000 euros. Chez MSF, les coûts s’accumulent et malgré le retour plutôt bon de campagnes d’appels aux dons actuellement lancées, on compte sur l’automne et la fin d’année pour éviter que les finances passent dans le rouge. 

Néanmoins, nos interlocuteurs témoignent généralement que les donateurs existants sont restés fidèles. Et cela a eu beaucoup d’impact dans cette période difficile. "Dès les premiers jours du confinement on a ressenti un élan de solidarité général dans la société même. SOS Villages d’Enfants a lancé un appel à ses donateurs fidèles en leur expliquant que s’ils devaient soudainement trouver des solutions pour leurs enfants (consacrer du temps,  mettre à disposition un ordinateur, se connecter…), notre association devait faire la même chose pour tous les enfants dont nous avons la garde. Cet appel a reçu une réponse massive», explique Hilde Boeykens de SOS Villages d'Enfants. L'organisation a rebondi sur les valeurs de la famille, le nid douillet et protecteur, pour demander de l’aide et assurer un nid douillet et protecteur pour tous les enfants.

En collaboration avec leurs collègues néerlandophones, le CNCD-11.11.11 a lancé une campagne sur les conséquences du coronavirus ailleurs dans le monde et pour appeler à la solidarité. "Ces derniers mois, l'attention des médias s'est concentrée sur notre propre pays. Notre clip a été très bien diffusé. Au final, une large coalition de 300 organisations a signé notre appel et le monde politique nous ont également contactés à la suite de la campagne. Nous en sommes très satisfaits. " analyse  Kevin Mc Mullan.

Événements sportifs annulés, représentations théâtrales reportées, soupers de soutien supprimés, opérations de recrutement impossibles à réaliser… Un pan énorme de récolte de fonds et de soutien est carrément tombé à l’eau durant cette crise et pour toutes les associations que Donorinfo a interrogées, rattraper le manque à gagner entraîné par la crise relèvera du miracle. 

Après la tempête, pas nécessairement le calme… 

Craintes ou espoirs, cette crise sanitaire ne laissera évidemment pas le monde associatif indemne. Si la capacité à rebondir, à se renouveler et à envisager de nouveaux horizons fait partie des caractéristiques du milieu associatif, les observateurs que nous avons interrogé réservent tous leur diagnostic sur les conséquences que la crise provoquera à long terme : tous évoquent la récession économique qui se profile.  À ce propos, Koen Van den Broeck d’Infirmiers de rue observe “un glissement inquiétant du profil des personnes qu’on retrouve chez les sans abri. Nos équipes rencontrent de nouvelles personnes qui n’étaient pas sans domicile fixe avant la crise. Les files s’allongent aussi lors de distribution de vivres. Raccrocher ses nouveaux venus pour leur éviter la rue et la dégringolade nous apparaît être une des priorités actuelles.

Du côté des associations agissant au niveau international telles que MSF, 11.11.11, ou SOS Villages d’enfants, on souligne que si le corona est passé chez nous, il passera également dans des pays où le système sanitaire et de la protection des personnes est nettement moins bien outillés qu’en nos contrées occidentales. Le pire doit être évité et c’est la raison pour laquelle des campagnes d’appel à l’aide sont en préparation pour cet automne…


Découvrez les entretiens avec chacun de nos interlocuteurs:

Donatien d’Hoop de Take Off

Els Janssens de Bednet

Hilde Boeykens de SOS Villages d'Enfants

Kevin McMullan de 11.11.11

Céline Ronquetti de Médecins sans frontières

Koen Van den Broeck des Infirmiers de rue

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Toutes les organisations répertoriées sur donorinfo.be pratiquent la transparence financière, nous pouvons vous le garantir. Chaque année, elles nous communiquent leurs comptes annuels détaillés, soumis à des contrôles indépendants. Ces comptes sont publiés sur donorinfo.be suivant un modèle adapté à la réalité du secteur associatif et aux besoins d'information des donateurs.
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Publié par Donorinfo - Dernière modification : 13/06/2020